« L’enfer, c’est les autres » (Sartre)

Article diffusé par messageredemots le 14 Septembre 2018 à 20:37 ( ancien article provenant d’Eklablog )

C’était il y a environ 12 ans (voire plus), et je m’en souviens encore comme si c’était hier. Etant une enfant/ado timide et hypersensible, autant vous dire que mon attitude n’est pas passée inaperçue au sein de mes camarades de classe. Je pense que ça a commencé en maternelle (bien que je sois trop grande pour m’en rappeler), car ma mère m’a dit un jour qu’elle m’avait récupérée à l’école avec un œil au beurre noir.

En primaire, je me souviens de quelques petites anecdotes, mais rien qui vaille la peine que je m’arrête dessus. Ce n’est qu’en secondaire que les choses sont devenues plus sérieuses : j’ai eu plusieurs harceleurs dans différentes classes (ayant changé plusieurs fois d’orientation), mais de la 5ème secondaire à la 6ème secondaire, c’est là que ça été le pire.

Cela a duré pendant 2 ans et personne n’a jamais su, (vous savez quand vous êtes harcelés, vous n’avez pas envie de le crier sur tous les toits) et puis il y a la honte. Elle vous freine, vous paralyse et vous ne faites rien, vous ne dites rien.

Mes harceleurs étaient un groupe de 3 filles plus un garçon.

Ils m’appelaient « l’autiste », parce que je parlais peu et que j’étais réservée. C’était constant, insidieux, ça faisait mal, mais j’encaissais. Je me souviens d’une fois où j’étais assise en classe, justement devant le groupe des 3 filles, j’ai senti que l’une d’entre elle était en train d’écrire sur mon gilet. Je sentais la pointe du crayon parcourir tout mon dos, mais je n’ai rien dit (je ne disais jamais rien). Après les cours, en rentrant chez moi, j’ai enlevé mon gilet bleu turquoise (je m’en rappelle bien car je l’aimais beaucoup) et j’ai effectivement vu les traces de crayons. Je l’ai enlevé, car je voulais que personne ne le voit. 

Tout ceci ne sont que des souvenirs pour moi à présent et j’ai l’impression que ça s’est passé dans une autre vie. Ce ne sont que quelques anecdotes, mais il y en a eu d’autres et ce serait trop long pour que je les énumère dans cet article.

A cette époque-là (en 2005-2006), il n’y avait pas encore les réseaux sociaux (heureusement pour moi, car je pense que j’en aurai encore plus pâti). Ce qui me pousse à penser à tous ces jeunes aujourd’hui, qui subissent ce genre de harcèlement et qui peuvent être diffusé à tout moment sur Facebook ou autre (je me souviens encore de cette jeune fille qui s’était suicidée il y a quelques années suite à cela).
Les mots ont leur importance, peut-être est-ce pour ça que j’ai intitulé ce blog « messagère de mots ». Ils peuvent blesser et causer des dommages bien plus graves qu’on ne le pense. En 2007, je suis tombée en dépression, suite à tout cela. Mon corps, ma tête, ont dit stop. Je ne pouvais plus supporter de me mentir de la sorte. J’ai tout déballé, mais il m’a fallu longtemps pour m’en remettre.

Aujourd’hui, grâce à de nombreuses séances de thérapie, je vais bien et je me sens plus forte que jamais. D’ailleurs, je pense que j’ai pour mission d’accompagner les autres dans leur processus d’évolution. Je me dis souvent combien j’aimerais revenir à cette époque en étant la personne que je suis actuellement. Être un ange gardien « adulte » pour l’ado et la petite qui a subi tout cela. Mais serais-je devenue celle que je suis, si j’avais eu à mes côtés quelqu’un pour m’aider ?

Dans ce genre de cas de figure, on peut en vouloir au harceleur, lui donner tort à 100%, le haïr pendant longtemps. Mais selon mon expérience, je peux dire que c’est beaucoup plus complexe que ça.

Il y a différents types de harceleurs (heureusement je ne les connais pas tous !), il y a ceux qui sont en colère et qui se défoulent en s’acharnant sur les autres et il y a aussi ceux qui ont aussi été harcelés (c’était le cas pour mon harceleur). Bien sûr, cela n’excuse en rien ce qu’ils font (où on fait). Je pense d’ailleurs qu’un jour où l’autre, ils en subiront les conséquences (il y a toujours un prix à payer). Il y a aussi autant de types de harcelés, mais il s’agit souvent d’un enfant différent : trop petit, trop intello, trop timide, trop grand, avec trop d’embonpoint etc…

Il est temps de se poser les bonnes questions. Et il est encore plus temps d’agir.

text_justifytext_justifyJe serai contente d’avoir votre avis sur le sujet, alors n’hésitez pas à me laisser un commentaire.

Voici le n° dont je vous parlais pour les victimes :

« 3020 » (joignable de 09H00 à 18H00 du lundi au vendredi).

Merci de diffuser si vous pensez que ça peut aider quelqu’un.